Le Blog, un outil de communication pour l’avocat.
26 mars 2007
L’AVOCAT BLOGUEUR...
Après l’avocat lobbyiste et l’avocat journaliste, place à l’avocat blogueur qui a su saisir les opportunités d’un média en pleine expansion.
Le blog, à l’origine journal intime, s’est très vite professionnalisé pour conquérir le monde des entreprises et s’étendre récemment à l’univers juridique. « La blogosphère juridique est passée de 64 blogs en 2005 à 265 aujourd’hui » recense Arnaud Dumourier, Directeur de la Rédaction de Juriblogs qui répertorie l’ensemble des blogs juridiques français.
Et si le blog devenait un média incontournable pour l’avocat ? Tour d’horizon d’un outil de communication moderne encore très controversé.
QUI EST L’AVOCAT BLOGUEUR ?
On aurait tendance à croire que l’avocat blogueur est un dérivé de l’avocat journaliste, un universitaire rompu à la plume et au clavier ou un érudit en droit des nouvelles technologies ...
Plus maintenant ! Désormais la blogosphère juridique compte une grande diversité d’avocats avec pour chacun un ton et un objectif particulier. Si certains blogs sont tenus par des avocats indépendants sur des thèmes de droit spécifiques, ce n’est pas le cas de tous. Maître Pierre Fernandez, par exemple, a créé le blog aufildudroit avec deux autres confrères de cabinets différents pour élargir les sujets traités et assurer une périodicité plus importante.
De même, si le blog est utilisé généralement comme un outil d’autopublication, il est également exploité comme un outil de communication à part entière. Le cabinet Woog Sari Freville a ainsi décidé de remplacer son site Internet et ses plaquettes institutionnelles par un blog dynamique. « Nous sommes et nous voulons rester un cabinet de taille moyenne. Le blog nous permet de présenter notre cabinet mais également de contribuer à son image en publiant des articles qui touchent un public plus large. » souligne Maître Stéphane Woog.
Cette pratique n’est pas nouvelle aux Etats Unis où l’important cabinet Sheppard Mullin a reçu le prix de l’innovation juridique 2005 en remplaçant ses e-newsletters par la création de neuf blogs spécialisés par domaines de compétence.
Malgré cette effervescence, deux freins psychologiques demeurent. Le premier est l’appréhension de certains avocats à se faire déposséder de leur information en offrant un contenu libre et gratuit à leurs clients et à leurs confrères. Or, cela reviendrait à penser que la valeur ajoutée d’un avocat réside uniquement dans l’information, oubliant par là même ce qui fait sa vraie différence : sa façon d’interpréter, d’agencer et de mettre en relation les idées pour répondre à une problématique concrète.
De plus, il n’est pas question de livrer des astuces procédurales, ni de dévoiler ses « secrets de fabrication ». Le second frein est la peur des commentaires induits par les posts.
Or, l’on constate que les blogs juridiques drainent éventuellement quelques commentaires polémiques, comme ce fut le cas notamment sur le CPE, mais jamais agressifs. Il faut néanmoins prendre quelques précautions car des confrères pourraient, lors d’un contentieux, opposer des propos tenus sur le blog. Ce qui implique, comme pour tout article, de soigner sa relecture avant publication. Mais une fois ces freins levés, le blog se révèle un outil de communication moderne qui sied à la profession d’avocats et à ses contraintes.
COMMUNIQUER AUTREMENT ...
« Comme nous ne pouvons pas faire de publicité, le blog est un média dynamique pour faire connaître notre savoir faire. » constate Maître Christophe Buffet, auteur du blog bdidu. En effet, le blog n’est pas de la publicité, mais « un partage d’information auprès de sa communauté », dixit Loïc Le Meur, blogueur invétéré. Un partage qui permet de communiquer autrement, de sensibiliser un large public et d’enrichir son réseau.
Un outil d’information adapté à la Profession
La matière même du droit évolue constamment. Les compétences des cabinets s’enrichissent. Les spécialisations des avocats changent. Le blog permet de rendre compte de ce mouvement permanent. Il est moins statique qu’un site Internet ou qu’une plaquette et a l’avantage de mettre en avant le dynamisme propre à l’activité de l’avocat. De plus, le blog permet une grande facilité de publication et une liberté éditoriale qu’il est souvent difficile d’acquérir.
Loin de déprécier les publications juridiques, le blog intervient comme un média complémentaire. Aux Etats Unis, les publications juridiques font même référence à certains billets et vice versa.
Enrichir son réseau
Le blog permet de toucher un large public proactif. L’internaute ne reçoit pas passivement l’information, mais vient en quête de celle-ci. Evidemment, la création d’un blog d’avocat ne permet pas de développer sa clientèle en un coup de baguette magique. Enrichir son réseau c’est également rencontrer des confrères, des universitaires, voire de futurs collaborateurs. Le blog génère un bouche à oreille positif sur le long terme, fidélise la clientèle existante et assure un gage de crédibilité.
Favoriser les relations presse
« Le blog est un outil dynamique qui multiplie les échanges. Mon blog m’a permis de rencontrer des personnes passionnantes mais également d’être sollicité par de nombreux journalistes. J’ai été contacté par Le Point, Les Echos, le Figaro, et même Europe 1 à la suite de la publication de certains billets. » constate Maître Olivier Santivi, auteur de AvocatBlog.
En effet, les relations avec la presse reposent sur un échange d’information donnant-donnant. L’interviewé offre de la matière au journaliste, en échange de quoi ce dernier le cite et le recontacte si besoin. Et les journalistes ... adorent les blogs ! Cela leur permet de « piller tranquillement » et de contacter facilement les auteurs pour une interview.
... MAIS PAS N’IMPORTE COMMENT !
Si le blog est un outil moderne, sympathique et facile d’utilisation, on ne se lance pas dans l’aventure les yeux fermés. Il est important de respecter les règles qui s’y attachent tant juridiques que marketing.
Respecter le cadre législatif
Les blogs sont considérés comme des sites internet. Ils sont donc régis par la Loi sur la confiance en l’Economie Numérique.. Ainsi, le blogueur doit s’identifier auprès du public, indiquer l’hébergeur du blog et déclarer à la CNIL toute collecte de données personnelles. Il est responsable des propos qu’il tient sur son blog mais aussi des commentaires des tiers, ce qui implique de vérifier le contenu des posts égulièrement.
Par ailleurs, toutes les créations originales des auteurs sont protégées par le droit de Propriété Intellectuelle. Les billets ne peuvent donc pas être reproduits sans autorisation sur d’autres blogs, ni dans des Revues juridiques.
Au delà de la législation propre à tout blog, on s’interroge sur le respect des règles de déontologies qui régissent la Profession. « Je me suis lancé dans l’aventure en sortant de mes deux journées de formation en déontologie ! » souligne Maître Erwan Le Morhedec, auteur du blog Sous Reserve(s). En effet, dans la mesure où le blog, comme tout article, vise à un partage d’information et où l’avocat respecte les précautions déontologiques d’usage (non citation de clients ou d’affaires, non « sollicitation » de prospects, pas de formules laudatives ou d’hyperboles pour se mettre en avant, pas de liens externes sauf exception dûment justifiée), l’avocat blogueur peut publier tranquillement. Un blog juridique ne sert pas à faire de la « réclame », mais à informer et échanger afin de se faire connaître et reconnaître.
D’ailleurs l’ensemble des avocats blogueurs précisent bien sur leur site qu’il n’est pas question de faire des consultations en ligne.
Définir sa stratégie
La création d’un blog est la plupart du temps gratuite et très simple. Elle ne nécessite aucune connaissance informatique spécifique et peut être effectuée en quelques minutes. Mais comme pour la création d’un site ou d’une newsletter, il convient de mettre en place une stratégie. D’abord, il convient de vous interroger sur les objectifs de ce blog juridique : informatif, pratique, plus théorique ? Le blog va-t-il remplacer votre site Internet ou être un média de diffusion supplémentaire de publication ? Le blog est il votre moyen exclusif de communication ? Le tiendrez vous seul ou à plusieurs ? Il faut ensuite définir une ligne éditoriale : choisir les thèmes de droit et les sujets abordés, éventuellement prévoir des rubriques, définir le ton en fonction de vos objectifs et des publics ciblés. Il peut être utile de passer un peu de temps également sur le choix du graphisme de son blog. Et finalement un des points principaux : définir une fréquence de publication et s’organiser au mieux pour s’y tenir.
S’astreindre à la régularité
Le blog est techniquement aisé à actualiser, en revanche il nécessite du temps et une grande régularité. On considère en moyenne qu’il faut publier deux à trois billets par semaine pour fidéliser son lectorat. Or la profession d’avocats est assez gourmande en temps, même si le blog peut s’inscrire dans un travail de veille juridique.
Tous les avocats blogueurs le constatent, l’enthousiasme des débuts est difficile à maintenir. Pour autant, il ne faut pas vous alarmer si le rythme de votre publication devient inégal. Et parfois une note par semaine bien choisie suffit à entretenir l’attractivité et l’intérêt du blog.
Dans notre société d’information, l’avocat communique lui aussi de plus en plus et le blog apparaît aujourd’hui comme un média privilégié pour la Profession. Le blog est un pari. Un pari sur le long terme. Une confiance en soi et en les autres. Chers avocats, je n’aurais qu’une conclusion : bloguez en paix !
Charlotte KARILA-VAILLANT
Pour Réseaux du droit.












